Une histoire de temps…

Nous avons appris le temps, exactement comme nous avons appris à parler. Et à chaque fois que nous parlons du temps, des secondes, des minutes, heures, jours, années et siècles, il me semble que nous oublions qu’il ne s’agit pas d’une réalité, mais d’une simple convention.
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Une histoire de temps…

Une histoire de temps… 1880 1253 Christophe LE BEC

Le temps nous mène en bateau.

Le temps tel que nous le concevons n’a pas de réalité. Il s’agit d’une illusion utile. Cette illusion nous sert dans l’organisation de notre vie, elle nous sert à classer et hiérarchiser nos souvenirs dans notre mémoire, à planifier toutes ces choses que nous avons à faire.

Nous regardons les années que nous avons vécues et nous envisageons celles que nous estimons qu’il nous reste à vivre. Au début, la sensation a quelque chose d’enivrant : j’ai la vie devant moi, j’explose de vie, d’envies, de projets ou de rêves… Pour certains, elle apparaît au contraire comme effrayante, paralysante, chargée d’incertitudes et de questions apeurantes. Dans tous les cas, le temps nous enferme sur un chemin linéaire, une ligne imaginaire qui n’existe pas.

Il faut du temps pour apprendre le temps !

Cette vision du temps linéaire n’a rien de naturelle, nous l’avons apprise. Rappelez-vous simplement comment vous avez appris le concept du temps et des heures à vos enfants, ça n’avait rien d’évident ! Nous avons appris le temps, exactement comme nous avons appris à parler. Et à chaque fois que nous parlons du temps, des secondes, des minutes, heures, jours, années et siècles, il me semble que nous oublions qu’il ne s’agit pas d’une réalité, mais d’une simple convention. Il n’existe aucune heure, il n’existe aucun siècle. Tout cela n’a aucune réalité tangible. Il s’agit juste de pensées abstraites que nous avons fait nôtres au point de les percevoir comme aussi réelles qu’un arbre ou que la chaise sur laquelle j’ai posé mon postérieur pour écrire ce texte.

Le temps linéaire, comme le langage, filtre le monde que l’on perçoit au point de le réduire aux pensées que nous utilisons pour l’appréhender. Le temps linéaire et le langage limitent notre vision du monde à ce qu’ils peuvent décrire. Au nom de la « rationalité », nous nous coupons de pans entiers de l’expérience, du senti, d’une perception beaucoup plus globale.

L’accélération

Cette perception linéaire du temps a des conséquences. Par exemple, elle induit dans notre esprit le désir d’arriver quelque part, de réussir quelque chose, et vite car le temps file à toute vitesse. Cet appétit du futur, de demain, nous accélère immanquablement. J’y vois, moi, le terreau du capitalisme, de ce désir de réussite, de cette fuite en avant qui habite l’humanité toute entière depuis la naissance du concept de propriété, et qui va en s’accélérant de façon exponentielle, portée par les avancées technologiques. À pieds, à cheval, à vélo, en voiture, en avion, et pour certains maintenant en fusée, nous tentons désespérément de nous surpasser, d’aller plus vite que cette sensation de temps qui avance et de devenir maître des horloges. Je décide, Je choisis ma vie, j’ai la maîtrise de mon destin. Le concept du temps, au même titre que le langage, nous enferme inexorablement dans le mental auquel il appartient, il s’agit donc d’un champ d’expérience très limité.

Chaque année nous célébrons notre anniversaire pour nous rappeler à quel point le temps régit notre existence. Le compte à rebours semble têtu et nous nous sentons quelque peu coincés sur cette ligne du temps. Nous « avançons dans la vie » sur un tapis roulant qui semble accélérer à mesure qu’il nous emporte vers la chute finale.

Le temps immobile

Personnellement, je ne me déplace pas vers un hypothétique avenir. Non. Je n’ai pas l’obligation de m’arrêter et me retourner pour regarder mon passé. Le temps m’apparaît davantage sous la forme d’une expérience ; une expérience toute personnelle, intime, qui se vit à partir de soi, en soi, de façon verticale, loin de tout mouvement. Le temps peut alors prendre la forme d’une sensation ou d’une émotion. Il peut prendre la forme de l’ennui lorsque j’attends quelqu’un ou quelque chose, il peut prendre la forme d’un poids lorsque je ressens mes articulations devenues moins souples et parfois douloureuses, il s’apparente à un sentiment, une tristesse, quand je pense à un ami perdu, ou à une excitation lorsque j’imagine le dîner de ce soir. Le temps prend parfois l’apparence de la mousse épaisse qui enrobe les pierres bordant les chemins creux par chez moi ou celle des ronces qui envahissent une maison en ruine. Il a parfois la taille d’un arbre imposant ou celle d’un oisillon qui pépie dans son nid. Le temps se ressent, il se vit. Parfois, lorsque la vie menace de s’arrêter, le temps semble même parfois suspendu. Le temps d’un adieu sur un lit d’hôpital, le temps n’existe plus. Il n’y a plus que maintenant qui se dilate et s’incarne dans les regards qui se touchent, dans les mains qui se caressent.

Chaque individu aura ses propres sensations, ses propres ressentis, souvenirs et impressions à propos de la notion du temps. Le temps se rencontre à mon sens bien plus qu’il ne se compte.

Interroger le temps et le langage peut avoir un impact très important. Cela permet de se détacher de l’apparente réalité du monde, des autres, des problèmes, des notions de bien et de mal, de vrai et de faux. L’espace ainsi crée permet de s’ouvrir à ce qui se vit en soi et qui me semble bien plus large que ce que les mots et le temps linéaires peuvent décrire.

Loin des concepts et des efforts, je crois que la joie se rencontre très simplement. Il n’y a pas besoin de chercher l’élévation, l’absolue, la lumière ou la transcendance, il n’y a rien à changer, aucun progrès à réaliser, au contraire il n’y a rien à faire, juste se poser, plonger en soi, et « voir » ; voir simplement ce qui se joue en nous, « s’humaniser » comme nous y invitait Christiane Singer.

Christophe LE BEC //

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Pour finir, j’ai envie de vous partager cette citation que j’affectionne tout particulièrement car je la trouve très dynamisante, et surtout très juste.

Un être humain fait partie d’un tout que nous appelons

« l’Univers » ; il demeure limité dans le temps et dans l’espace.

Il fait l’expérience de son être, de ses pensées et de ses sensations comme étant séparés du reste – une sorte d’illusion d’optique de sa conscience.

Cette illusion est pour nous une prison, nous restreignant à nos désirs personnels et à une affection réservée à nos proches.

Notre tâche est de nous libérer de cette prison en élargissant le cercle de notre compassion afin qu’il embrasse tous les êtres vivants, et la nature entière, dans sa splendeur.

Albert Einstein

Christophe LE BEC

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