Tensions et contractions

Tensions et contractions

Tensions et contractions 940 360 Christophe LE BEC

Parfois, ça coince. Quelque chose en vous se tend, se contracte. Que vous soyez immédiatement en mesure d’identifier l’origine de ce ressenti ou non ne change rien à l’affaire. L’inconfort vous gagne. Une boule contracte votre diaphragme et votre respiration se fait plus courte, plus superficielle, votre estomac se noue, votre gorge se serre, vos épaules se tendent, une inquiétude, un vague sentiment de tristesse, de colère ou de peur se répand en vous comme un brouillard insidieux. Le réflexe naturel est de vouloir passer outre. On essaie de penser à autre chose, de se changer les idées comme on dit en s’occupant, en détournant l’attention de cette gène, parfois infime, toujours très intime.

Et en ce moment, ça coince justement pour moi !

Donc l’inconfort est là, persistant, insistant, en un mot : pénible. Je sens que je suis à l’arrêt, comme bloqué en gare de triage. J’ai donné mon préavis pour le local que je loue pour mon cabinet. Je sens que, même si j’aime toujours autant pratiquer la réflexologie, l’accompagnement individuel basé sur l’approche non-duelle prend de plus en plus de place dans ma vie. Il y a quelques mois encore, j’aurais été trouver derechef le chef de gare (cf. Le commandant !) pour râler, chercher LA solution, connaître les destinations possibles, les horaires de train et les correspondances. J’aurais pesé le pour et le contre, réfléchi, et réfléchi encore par peur de commettre une erreur. Et j’aurais pris une décision (ou aucune décision) tétanisé par l’enjeu, inquiet du résultat de mes choix.

Aujourd’hui, je me sens totalement vulnérable. Je ne sais pas trop comment vont évoluer mes accompagnements, si je vais continuer les séances individuelles ou favoriser les ateliers en groupe, en réel ou via des webinaires. Vais-je structurer une forme de protocole ou bien vais-je rester dans quelque chose de plus spontané ? Je n’en sais rien du tout. Mais cette vulnérabilité que j’aurais auparavant fui dans le mental en recherchant frénétiquement la bonne solution, me semble une incroyable chance de me rencontrer avec toujours plus de justesse, de fraîcheur. Il est étrange de constater que s’abandonner à la vie sans attente, sans serrer les poings, de sauter dans le vide sans rien espérer, s’avère bien plus confortable que la lutte à laquelle j’étais habitué.
Là où je pensais lutter contre les autres, le monde, l’adversité, je m’aperçois qu’en réalité je luttais contre la vie même, contre la force de vie qui m’anime depuis les profondeurs de mon être, depuis l’espace du cœur. Je lutte encore contre moi, souvent. Le mental joue son jeu. Il ne supporte pas de ne pas maîtriser le monde, les gens, les émotions. Et il se bat comme un enragé pour me protéger de la peur, du manque, de l’abandon, du rejet, de l’injustice ou de l’humiliation que je pourrais être amené à ressentir si « j’échouais ». Il lutte d’arrache-pied pour me maintenir à distance de l’émotion.

Cette tentative du mental de prendre le contrôle, de décider à votre place, va perdurer toute la vie, à la moindre occasion il peut prendre la main sur votre vie. Et pour ma part, je continue parfois à me laisser prendre, quand la peur est trop forte par exemple. L’important est de ne pas être dupe. Ainsi, je sais quand je me « fais avoir » par lui ! Même si je ne peux pas lui résister dans l’instant, je sais. Et cela change tout. Ça aussi, je laisse faire. Je constate que c’est ainsi et je n’en fais pas un nouveau problème.

Le mental n’est pas un salaud

Le mental est une part de moi. Il est une part de moi, mais il n’est pas moi. C’est simplement un gardien dévoué, un serviteur qui, si il est bien à sa place, a un rôle très noble à jouer ; celui d’intendant. Il compile de la mémoire pour nous permettre de régler plus facilement des problèmes à l’avenir : prendre des rendez-vous, organiser un voyage, choisir quelle voiture acheter en fonction de son budget, ne pas tomber du train en loupant la marche, etc.

Le problème, c’est que le rôle de régisseur du mental, de protecteur, nous l’avons détourner dès l’enfance, lorsque nous avons subi les premières remontrances de notre entourage et que nous avons compris que pour continuer à être aimé, nous avions intérêt à camoufler nos vrais désirs. Le mental a donc compilé de la mémoire pour nous protéger. Petit à petit, nous avons ainsi crée une fausse identité, un faux-self. En grandissant, nous avons oublié que ce masque de protection n’est pas réellement ce que nous sommes. Nous avons tellement pris l’habitude de penser à partir du mental que nous pensons que là est notre intelligence, notre identité.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Je ne sais pas ce qu’il va se passer pour moi. Il en va de même pour vous. Penser que nous pouvons maîtriser notre vie est un leurre. Nous n’avons en réalité aucun pouvoir de décision, seulement l’apparence de ce pouvoir. Lorsque nous prenons des décisions, voyez comme ces décisions purement mentales sont toujours des erreurs et qu’elles nous coupent de notre véritable nature. Elles vous envoient étudier l’économie, l’anglais, la cuisine ou que sais-je encore (parce qu’elles correspondent aux attentes familiales et qu’on vous a inculqué que vous y trouveriez un travail, une sécurité financière), elles vous font choisir cette voiture très raisonnable (pour ne pas prendre de risque) ou au contraire très ostentatoire (pour vous donner l’illusion d’être important). Toutes ces décisions obéissent au mental qui cherche à protéger vos blessures enfouies depuis l’enfance. Ces décisions ne sont pas les vôtres, ce sont les décisions de la peur.

Pourtant, nous savons pertinemment ce qui est juste, ce qui est vivant en nous, dans le secret des profondeurs. Nous savons très bien ce que nous sommes réellement, mais nous le cachons, comme un trésor trop précieux, comme si les autres pouvaient nous anéantir ou nous abandonner en le découvrant.

La vie est intelligence

En réalité, nous sommes de l’intelligence en mouvement. Respirer, bouger un bras, ouvrir les yeux, c’est d’une incroyable intelligence. Dessiner, jardiner, écrire un livre ou des articles sur ce site web, c’est de l’intelligence. Notre intelligence, c’est la vie même qui se déploie au travers de nous, quand on y pense pas, quand on agit avec fluidité, sans « réfléchir » ! Je ne pense jamais à écrire ou comment il convient d’écrire. J’écris, c’est tout. Je suis le mouvement des doigts qui courent sur le clavier à la vitesse de la pensée. En l’occurrence, l’intelligence tient à ce mouvement. Il n’y a pas de commandant ou de chef de gare qui décide froidement de ce qu’il faut écrire, pourquoi et comment l’écrire. Il y a juste de la pensée qui émerge toute seule, des décisions qui se prennent sans moi, juste en suivant ce qui est juste pour moi, au plus profond de mon être. Il n’y a plus alors de pensée mentale. C’est une pensée beaucoup plus énergétique, viscérale, organique, une pensée qui vient du centre de ma poitrine et qui me fait instantanément oublier le temps et l’espace, une pensée intime, libre, puissante, hors de tout contrôle. Je remarque que lorsque j’écris (et plus généralement quand on s’oublie dans l’action), il n’y a plus de peur, il n’y a plus une personne qui pense. Le mental se relâche. Il va se coucher tranquillement à vos pieds, rassuré. Du bien-être et une détente s’opèrent. Faire cette expérience est très importante, elle nous montre la voie, le chemin vers ce que nous sommes.

Christophe LE BEC

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