Spiritualité et automobile… Si, si.

Une voiture permet de s’affranchir des limites physiques de l’espace et du temps d’une façon inenvisageable pour l’homme d’il y a seulement 100 ans. Ce qui nous paraît banal n’a en fait rien de naturel.
cars ahead on road

Spiritualité et automobile… Si, si.

Spiritualité et automobile… Si, si. 1880 1253 Christophe LE BEC

Je fais l’expérience d’une spiritualité qui s’incarne dans le quotidien. Il s’agit donc moins pour moi de m’élever, d’assister à des satsangs, de comprendre des concepts compliqués ou de méditer des heures, que de désapprendre. Désapprendre qui je crois être dans un premier temps, et désapprendre le monde ensuite et ce que j’en pense. En faisant cela, toutes mes perceptions ont changé. Cela n’empêche en rien d’avoir des points de vue, simplement je ne les prends plus pour la réalité vraie et objective. Sans les présupposés liés à l’éducation et aux conditionnements, je perçois un monde très différent.

Factuel

On pourrait définir la réalité comme ce qu’il se passe sans les pensées pour la qualifier ni même l’expliquer. On peut donc dire qu’il y a une forme de simplicité et une forme d’évidence dans le réel. Pour regarder le réel, cela exige d’abord de nous d’ôter de notre tête tout ce que l’on dit de lui, de décortiquer les rouages du langage que l’on utilise pour le nommer (voir article Le langage et la personnalité), de décortiquer le concept du temps, ou d’interroger nos modes de vie, la façon dont nous habitons la terre et traitons le vivant avec le monde que nous avons créé. La voiture, à ce titre, me semble un objet très intéressant à regarder !

Téléportation

Depuis tout petit, j’ai toujours adoré les voitures. Je garde le souvenir ému de ma première voiture, une Opel Ascona de 1972, de ma Mercedes 280SE toute dorée, ou de mon cher C15 couleur sable de 1991 (ma « caisse » préférée) qui m’a servi d’atelier et pour transporter du matos quand j’ai refait ma maison il y a de cela quelques années. La bagnole, l’auto, le char pour les Québécois, possède des pouvoir fascinants. Tout d’abord, une voiture permet de s’affranchir des limites physiques de l’espace et du temps d’une façon inenvisageable pour l’homme d’il y a seulement 100 ans. Ce qui nous paraît banal n’a en fait rien de naturel. La réaction du Comte de Montmirail et de son fidèle écuyer Jacqouille la Fripouille à la vue d’une 4l de La Poste dans le film « Les visiteurs » me semble bien légitime ! Une voiture, une fusée, ou la téléportation, même combat, il s’agit toujours de se déplacer plus vite que la musique !

Énergie cinétique

Les voitures possèdent une autre caractéristique. Nous avons tendance à percevoir notre voiture comme une extension de nous-même. Certains y placent leur virilité, leur réussite, tous y voient une continuité de leur salon qui se déplacerait au bon vouloir de son conducteur-habitant. Cela signifie que tout notre monde, notre bulle personnelle, nos problèmes, se déplacent avec nous dans l’espace-temps lorsque nous empruntons notre véhicule préféré. Un petit nerveux jaloux et aigri traverse donc un bout de terre avec cette énergie là, et il va se faufiler ainsi, nerveusement, dans le flot des mondes des autres usagers de la route. Tous ces mondes uniques teintés d’orgueil, de prétention, d’inconscience, de dépression ou de toute autre énergie se croisent, se doublent ou se suivent, et parfois se télescopent. Ils forment une dimension parmi d’autres du vaste monde que l’Homme a créé sur la terre au fil des millénaires.

À bord de ma voiture climatisée, le chaud ou le froid, la pluie ou le vent, n’ont pas de prise sur moi, l’extérieur m’apparaît distant, coupé de moi, comme un spectacle qui défile, un décor immobile que je traverse depuis mon monde personnel animé et rapide ; un monde que que « je conduis » à ma guise et qui obéit à mes désirs. La voiture nous donne l’illusion de dominer le temps et l’espace, de maîtriser notre vie.

Ralentir l’accélération

Plus ma vie ralentit, un peu parce que je vieillis, mais surtout parce que je ressens de plus en plus un besoin de me poser là où je me trouve, de vivre plus près de la respiration de la terre, des saisons, plus l’accélération du monde me percute à chaque fois qu’une voiture déboule avec la vibration de son occupant dans le paysage paisible que j’habite.

Exemple

Dans mon village, se trouve une petite voie communale desservant trois ou quatre maisons. La pente s’avère assez forte et en virage dans une portion de cette voie. Les rares voitures qui l’empruntent roulent à 15 ou 20 km/h grand maximum. La largeur de la route interdit toute possibilité de croisement. Les accotements bordés de fossés ne permettent même pas de se ranger sur le côté. Je l’emprunte régulièrement à pieds lorsque je promène mes chiens et mon chat, et j’y croise parfois une voiture conduite par une dame d’une soixantaine d’années qui habite là. À chaque fois, je me fais la même remarque. Cette dame sourit au volant, elle a l’air tranquille, et chaque fois, elle me passe devant sans sourciller, sans ralentir, sans un regard aux chiens ou au chat. Elle roule. Je me pousse sur le côté, j’appelle vite les chiens, le chat, je contrôle du regard mon petit monde et je serre les fesses, et elle passe à 20 ou 30 km/h en souriant. Peut-être qu’elle écoute la radio où qu’elle pense à sa journée qui commence ou qui s’achève. Il pleut ou il fait nuit, elle roule toujours pareil. Il fait chaud ou ça caille sévère, et elle conduit en t-shirt, indifférente à ce qu’il se passe à l’extérieur.

Un jour, alors que j’entendis le moteur de sa voiture approcher dans le virage, j’ai décidé de ne pas me tasser sur le bas côté comme je le faisais habituellement, mais de simplement marcher sur le bord de la route. Je n’avais pas mes chiens, je n’avais donc pas l’obligation de faire l’effort. La nuit tombait, on n’y voyait pas super bien, la voiture a roulé exactement comme à son habitude. La dame souriait, et son rétroviseur côté passager a frôler mon bras à moins de 10 centimètres. Elle n’a rien remarqué. Elle a roulé simplement à 20 ou 30 km/h, comme tous les jours.

Il n’y a pas la moindre agressivité chez cette personne, si j’avais donné un coup de pied dans sa portière, elle n’aurait tout simplement pas compris pourquoi un fou l’avait agressé. Au volant de sa voiture, elle déplace son monde et ses pensées sur la surface de la terre.

Sur la route

Depuis quelques années, je remarque que de nombreux oiseaux s’envolent ou se posent devant les roues de ma voiture. Chaque fois, je freine, voire je pile pour ne pas les écraser et je m’inquiète pour eux. Alors j’ai de plus en plus ralenti ma vitesse. Je roule en essayant le moins possible de déranger la terre sur laquelle je me déplace plus vite que la musique.

Immobile

Et voilà que j’ai ressenti l’envie d’acheter de la terre, entre 4000 et 7500 m², peut-être même plusieurs pâtures. Je cherche des lieux dans lesquels je me sens naturellement bien, je contacte les propriétaires, ça me prend du temps. J’ai envie d’un petit coin où l’homme n’a pas mis la main depuis longtemps pour y installer quelques poules, quelques moutons d’Ouessant, y planter des fruitiers et des variétés de légumes vivaces sans retourner la terre, sans tout défricher. Je ressens l’envie de regarder les arbres, les fougères et les ronces, mes animaux et les saisons, sans aucun objectif de rendement, sans travailler le sol, sans aucun but particulier ; juste regarder la vie croître sous mes yeux, au rythme du vivant.

Merci à la voiture pour ses enseignements.

Christophe LE BEC //

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Christophe LE BEC

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