S’abandonner

S'abandonner à la vie, c'est abandonner la lutte que l'on a entrepris dès notre plus jeune âge pour devenir ce quelqu'un "d'aimable" par les autres. C'est aussi simple que cela.

S’abandonner

S’abandonner 940 360 Christophe LE BEC

Cet article complète l’article intitulé « Vouloir changer ». Une fois accueillie l’idée que pour se rencontrer et s’accepter tel que l’on est, il convient d’abandonner l’envie de « vouloir être » ou de « vouloir faire », comment fait-on ensuite ? Nous ressentons confusément que si jamais on lâchait les amarres et que l’on cessait tout à coup de prétendre à contrôler sa vie, soi, les autres, une forte charge émotionnelle pourrait nous submerger. C’est cette peur abyssale de perdre pied, de n’être plus rien au milieu d’un océan d’incertitudes, qui maintient notre système en place.

Plus j’y pense…

… moins je pense ! Ou pour être plus juste, moins j’accorde d’importance aux pensées. Je regarde les pensées comme des phénomènes « naturels » qui émergent en moi à la manière de bulles de savon. Elles émergent, je les vois, je vois les croyances (mes croyances) qu’elles portent, et ensuite elle explosent délicatement devant mes yeux en faisant « Plop » ! Cela signifie que mon quotidien n’est plus régis par mes réactions à ces pensées. Je ne réagis plus, ou plutôt je réagis différemment, comme un témoin intéressé. S’abandonner à la vie, c’est abandonner la lutte que l’on a entrepris dès notre plus jeune âge pour devenir ce quelqu’un « d’aimable » par les autres. C’est aussi simple que cela. C’est abandonner cette contraction que l’on ressent si forte en nous et qui nous maintient dans les limites de nos croyances, sur nous-même et sur les autres. S’abandonner à la vie, c’est simplement relâcher les filins qui nous maintiennent au sol et se laisser porter par la vie en faisant confiance à l’intelligence de la vie en nous.

Mais abandonner la lutte passe à mon sens par un préalable : la compréhension très fine de ce qui se joue en nous. Qui pense ? Contre quoi luttons-nous exactement ? Pourquoi est-il si difficile de lâcher la lutte ?

Préalable

« Christophe » est un personnage que j’ai construit, comme vous avez construit le votre. Votre identité, le « Moi je » qui s’exprime au quotidien, est un masque social qui a pour unique but de protéger votre ego de toute blessure émotionnelle. Il est fait à partir de votre histoire personnelle, de vos conditionnements familiaux, environnementaux, et il est aussi influencé par certains facteurs physiologiques, j’y reviendrais un peu plus tard.

Toute pensée participe à construire le monde que vous voyez, avec une histoire dans laquelle vous êtes pris. Changez vos pensées et le monde tout entier change dans l’instant. Lorsque vous tombez amoureux, vous avez sans doute remarqué que le monde est instantanément plus beau, les gens plus souriants et généreux, non ?

Toute pensée est donc une activité purement mentale qui interprète le réel et vient renforcer, justifier et faire tenir debout votre personnage social et son système de valeurs. A coup de « j’ai bien raison de penser comme ça », de « Ah, je le savais ! », ou « Lui, c’est un con… un égoïste, un hypocrite, etc. », le mental analyse, juge, catalogue, interprète, et vous enferme de facto dans un point de vue très limité sur le monde, la vie, les autres. Cette activité mental réclame une énergie considérable, car cette activité n’est pas du tout naturelle en réalité. Et c’est très fatiguant, ne trouvez-vous pas ?

Dès qu’il est vu que que la réalité du monde telle que la voit « Christophe » (mettez votre nom à la place 🙂 !) ne repose que sur une volonté personnelle de croire en cette histoire, il devient nettement plus aisé, non pas d’y renoncer (j’y reviendrais plus tard dans un autre article), mais simplement de la relativiser, de pouvoir reculer d’un pas pour se décoller de nos émotions, de nos peurs auxquelles nous sommes si cérébralement identifiés habituellement. Notre vie, notre si chère identité, est une expérience, un jeu si on est un optimiste invétéré, un drame si on est un dramatologue patenté !

Tourner son regard

Faites l’expérience de tourner simplement votre attention non pas vers les autres, vers l’extérieur, mais vers l’intérieur, vers ce qui perçoit les idées, le monde, les autres. Petit à petit, l’exercice va devenir plus facile, plus naturel. Cela permet de se détacher du personnage comme centre du monde et de constater qu’effectivement, vous êtes (mettez votre nom), mais que vous êtes également cet espace infini dans lequel tout apparaît. Dès lors, il est possible de s’abandonner à la vie telle qu’elle est ici et maintenant. « Je suis », sans définition, sans pensée, précède « Je suis Christophe ». Je te renvoie, cher lecteur, vers les articles que j’ai déjà écrit sur « Moi Je », le personnage que je crois être, etc. Balade-toi un peu sur le site, il y en a pas mal, tu verras !

Rien à faire

Maintenant, il n’y a plus rien à faire. En tout cas, rien d’obligatoire. Tu peux méditer si tu le sens, pratiquer le yoga, etc. Personnellement, je ne pratique aucune pratique ! 🙂

Je ne dis pas qu’il ne sert à rien de faire du yoga ou de pratiquer la méditation, je dis simplement que je n’en ressens pas le besoin pour le moment. Je dirais même, que, dans l’instant, toute pratique me renverrai immédiatement dans le « mieux faire pour m’améliorer » ou pour aller mieux ! Mais je ne partage ici que mon expérience, ce que je connais. Il n’y a pas une bonne manière de faire ou d’appréhender la vie, heureusement d’ailleurs. Ce que je ressens, c’est que la quête du bonheur, du mieux-être ou de l’élévation spirituelle nous maintiennent dans le désir d’être quelqu’un.

Ne rien faire est donc l’unique chose à faire ! Se poser à l’intérieur de soi est le préalable pour être simplement authentique à soi et aux autres. Cela réclame d’abandonner toute recherche, d’abandonner les concepts et les mots qui permettent de les nommer et de les penser. Aujourd’hui, je ressens la nature énergétique qui est là, en moi, mais aussi celle qui traverse les autres ou qu’ils envoient vers autrui. Cela ne nécessite aucune verbalisation, aucune interprétation mentale, pour être vécu.

Le silence de l’enfance

Je confie tout au silence. Ce n’est pas une fuite ou un nouvel « objet » de plus. Le silence n’est pas extérieur à moi, il m’habite, il est ce que vous êtes sans pensée. Lorsque le silence en vous accueille tout ce qui est là sans juger, c’est sans doute la plus naturelle des médiations. La vie devient alors (pas toute la journée, loin de là, mais par moments) une expérience méditative. C’est très organique en réalité. Le silence est vide et plein à la fois, il est toujours différent. Le silence est plein de nous-même. Il est une énergie neutre, tranquille.

Le silence vous invite à retrouver l’enfant, le tout petit que vous avez été, et qui était totalement la vie, sans pensée. Le petit enfant ne juge pas ce qu’il rencontre, il vit simplement la rencontre, sans pensée. Il vit ses émotions totalement : le plaisir, la frustration, la peur, la douleur, il les vit intensément en criant et en hurlant de joie, de peur comme de douleur ! Et toute de suite après être tombe sur le sol et avoir hurlé, il se relève en bavant de plaisir à la vue de ce gâteau que lui tend sa maman. Il va ainsi, d’une découverte à une autre, toujours neuf, toujours avide de vivre l’instant présent comme étant le seul à vivre !

Christophe LE BEC

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