Le malheur de plaire

Plaire pour se sentir exister, ou plaire pour ce que l’on est, ce n’est pas du tout la même énergie...

Le malheur de plaire

Le malheur de plaire 940 360 Christophe LE BEC

Plaire a été pour moi comme une drogue. Le simple fait de marcher dans la rue, a très longtemps été l’occasion de tenter d’accrocher un regard, et si jamais, lorsque j’y parvenais, je percevais de l’intérêt dans ce regard, un vague sourire, ou même simplement si j’étais vu, je ressentais alors comme une incroyable bouffée d’oxygène. J’étais vu, donc j’existais. Lorsque je parle de plaire, je ne parle pas spécifiquement de « drague », mais simplement d’être vu, et plus largement d’agir dans l’espoir d’obtenir l’assentiment des autres.

L’écriture a aussi été pour moi une façon de séduire. J’écrivais des histoires pour plaire aux « gonzesses », aux producteurs, aux comédiens, au public. Et j’étais très doué pour ça (pour écrire hein, parce que pour emballer, c’était une autre paire de manches ! Vous comprendrez dans la suite de ce texte).

Plaire est une souffrance.

Et pas une petite souffrance, une grosse souffrance. Pour plaire, vous pouvez dire A, mais s’il faut dire B, alors vous direz B. Et c’est la vie que vous vivez. Vous vous retrouvez ainsi à vivre la vie des gens avec vous êtes. Vous êtes ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent, et ce qu’ils espèrent de vous. Vous écrivez le film des autres, vous êtes le mari que désire votre femme, vous êtes l’employé modèle, le copain rigolo toujours content, ou qui fait sien le combat d’un autre, etc. Et dès que les regards se détournent une seconde de vous, la lumière s’éteint, et il n’y a plus personne. Il n’y plus de vie en vous. Rien. Le vide sidéral. Lorsque vous plaisez (c’est à dire lorsque vous contentez les attentes de l’autre), vous avez le sentiment, l’impression fugace d’être vivant, d’exister, mais c’est une illusion. Juste une illusion. Il est impossible d’exister lorsque l’on n’est pas soi.

Être ou ne pas être, telle est la question !

Plaire pour se sentir exister, ou plaire pour ce que l’on est, ce n’est pas du tout la même énergie. Si, lorsque je consens à être simplement moi, tel que je suis, sans esbroufe, je découvre qu’en plus cela plaît, c’est génial ! Tant mieux. Mais ce n’est pas le but recherché. Le but, c’est simplement d’être connecté à ce qui est vivant en moi. Le seul bonheur qui vaille, est de permettre à la vie en soi de se déployer. Fais cela et tu sera heureux ! Comme un enfant. Ce n’est pas du tout la même énergie que lorsqu’on espère un regard, ce n’est pas une drogue.

Il faut bien comprendre que celui qui en est réduit à plaire ou séduire pour se sentir exister, sait pertinemment qu’il n’existe pas. Il ne le fait pas par plaisir, ce n’est pas un plaisir narcissique dont il est question ici. Il ne voit simplement pas comment faire autrement. Il sait qu’il n’est pas vrai. Mais il a tellement peur de son vide intérieur, de n’être rien. Il se sent tellement seul, abandonné au bord du chemin que lorsqu’il parvient à accrocher un regard, il se sent rejoint, accompagné, soutenu. Et le mécanisme s’enclenche bien malgré lui. Pour conserver ce contact, il faut continuer à plaire. Dans ces conditions, il est très difficile de vivre une vraie relation, de tomber amoureux, de réussir dans une activité, ou simplement de décorer sa maison.

Rencontre du 3ème type !

Ce que j’ai compris très récemment, c’est que tant que l’on n’accepte pas de traverser cette peur de n’être rien, il est impossible de se rencontrer soi-même. Rester dans le Plaire est une manière de dire non à la vie que nous sommes, à ce mouvement permanent, vivant en nous.

J’ai compris encore plus récemment (sic !) que le sentiment de ne pas arriver à exister avec les autres, de ne pas arriver à « Être » parmi les autres, est une sensation de ne pas exister, mais ce n’est pas la réalité. C’est juste que, dans mon expérience « personnelle », je ne joue pas au jeu du personnage qui rencontre d’autres personnages et qui fait ses affaires de personnage. Je ne sais pas bien le faire. Je ne connais pas bien le rôle, je suis comme un peu perdu. Quand les autres sont complètement dans leurs « histoires » et bien je ne parviens pas à me connecter à eux, ou pas facilement, ou pas entièrement. Je suis alors contraint de passer par l’interface de leur personnage et « faire parfois semblant de jouer avec eux » pour aller me connecter à ce qui est vivant, à ce qui est juste en eux. C’est une gymnastique compliquée, et qui me fait me sentir très seul bien souvent. Mais je dois me faire à l’idée qu’il en sera sans doute toujours ainsi avec la majorité des gens.

Heureusement, ici ou là, il arrive que je croise un regard ami (cela tend à s’accélérer ces derniers temps !). Immédiatement je sais qu’il ou elle est connecté(e) à la même source. C’est comme retrouver un vieil ami que l’on connaît depuis toujours, depuis 2000 ans, pour une rencontre fortuite au coin du feu au milieu d’un oasis perdu dans un désert aride. On sait immédiatement quoi se raconter en grillant nos saucisses. Et tout fait sens. La lumière est partout.

Christophe LE BEC

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