Le maître de la peur

J’ai eu envie, un peu à la manière d’Aurélie Lecerf, de mettre sur le papier ce que je percevais de mes animaux, de leurs énergies, des interactions entre eux, entre eux et moi, et ce que mes chiens et moi avions à apprendre ou à reconnaître dans cette relation.

Le maître de la peur

Le maître de la peur 960 301 Christophe LE BEC

J’aime beaucoup le travail d’Aurélie Lecerf, que j’ai découvert il y a très peu de temps à travers ses vidéos. Elle partage avec beaucoup de finesse et de poésie sa communion avec le monde animal, le lien qui unit un humain et son animal, et la rencontre avec Soi que recèle la relation. Les vidéos d’Aurélie m’ont fait l’effet d’une vraie révélation, tant sa manière de se connecter à l’énergie de l’animal est proche de ce que j’ai toujours ressenti profondément avec mes animaux, ou avec les animaux que j’ai été amené à rencontrer ici ou là.

J’ai eu envie, à mon tour, de mettre sur le papier ce que je percevais de mes animaux, de leurs énergies, des interactions entre eux, entre eux et moi, et ce que mes chiens et moi avions à apprendre ou à reconnaître dans cette relation.

J’avais 3 chiens, je n’en ai maintenant plus que deux malheureusement. Thérèse est décédée à 17 ans en janvier 2019. Certains chiens vous apprennent plus que d’autres. Thérèse a été très importante dans ma vie. Maintenant j’ai la chance de vivre avec une petite jeunette de deux ans, Nano Particule, adoptée en octobre 2018, et un « vieux beau », Jean-Pierre, 9 ans. En les regardant vivre ensemble, se découvrir, trouver leurs marques l’un avec l’autre au fil des mois, j’apprends beaucoup sur eux comme sur moi. Je prends conscience des problématiques qui se jouent entre eux, et de ce que cela dit de moi…

Jean-Pierre

Jean-Pierre

Jean-Pierre est un chien hyper stable et très sociable. C’est un régulateur né lorsqu’il est dans un groupe de chiens. Il sait immédiatement identifier la place des uns et des autres dans le groupe et se comporter en conséquence. Il va de l’un à l’autre, il est vif, sans jamais être se perdre dans une excitation stérile ou puérile, il est concerné, impliqué. C’est un adulte. Il pacifie les tensions comme aucun autre chien. Il est malin comme un singe, capable d’établir des stratégies nécessitant une successions d’actions (deux à trois) pour parvenir à ses fins. Il va vite, avec beaucoup d’intuition. C’est pourtant un chien très anxieux. Il a été adopté à trois mois dans un refuge, mais la personne qui l’avait adopté a vu sa situation professionnelle changer et il devenait compliquer pour elle de conserver ce chien qui serait resté trop longtemps seul, enfermé dans un appartement. Retour à la case départ après quelques mois pour Jean-Pierre que nous avons finalement adopté alors qu’il avait un an. On peut imaginer le drame vécu par jean-Pierre. La tristesse, la blessure de l’abandon que cela a généré en lui.

Jean-Pierre aime être collé, il n’a pas l’atavisme d’un chien de berger, il serait plutôt chasseur dans l’âme. Courir le lapin dans les dunes est son activité préférée. Mais il adore que tout le monde soit réuni, tranquille. Il y a lui, il y a moi, et il y a les autres tour autour. Il est centré sur le besoin que chacun soit à sa place. Il s’est donné comme responsabilité de faire en sorte que chacun soit bien et content. Il passe donc son temps à aller vers les uns et les autres, affichant une indéfectible bonne humeur. Il est ainsi allé plusieurs fois rechercher ma femme lorsqu’elle allait rendre visites à des amis dans notre village, parfois dans des endroits où il n’était jamais allé. Quand chacun est à sa place (celle qu’il a défini), il est calme, rassuré.

Lorsque Thérèse était vivante, il n’a jamais cherché à se mettre en elle et moi, à revendiquer la place du dominant. Même lorsque Thérèse était très diminuée, il acceptait que je passe beaucoup de temps avec elle, que je m’assois de longs moments auprès d’elle, qu’elle mange avant lui, etc. Je percevais de la peine dans son regard. Je devine dans cette acceptation la peur d’être abandonné encore, qui demeure toujours en lui et qu’il n’ose pas exprimer dans son comportement. Il est toujours parfait : calme quand la situation l’exige, parfaitement raisonnable quand il comprend que je vais partir de la maison sans lui.

Je remarque que jean-Pierre n’est pas spécialement dingue des caresses, il ne cherche pas à vous lécher la main ou à placer sa tête sous votre main pour réclamer de la douceur. Il veut juste être collé à moi, ou à celui qui est là, cela lui va.

Je ressens que jean-Pierre est un chien très intelligent, qui sait très bien séduire les voisins les « plus généreux » du quartier. Il veut plaire, être parfait, et il ne relâche jamais l’attention (la tension!). De la même manière qu’il ne demande pas de caresse, il manque cruellement de douceur pour lui-même, comme s’il avait peur d’y laisser des plumes. Sacrée blessure d’abandon.

Nano Particule

Nano Particule

En octobre 2018, les circonstances ont fait que nous avons adopté un nouveau petit chien, Nano Particule, 18 mois à l’époque. Je savais que les jours de Thérèse étaient comptés, qu’il était temps aussi de faire entrer une nouvelle vie dans la maison. Nano est croisée entre un Fauve de Bretagne et un teckel. Elle petite, toute mignonne. Elle était en pension depuis quelques jours chez un voisin. Elle appartenait à une personne qui a de gros soucis d’alcool. Le chien ne sortait que rarement, il était maigre, très peu musclé, il faisait ses besoins dans l’appartement. Ses seules promenades l’amenaient de l’appartement de cette personne jusqu’au café, 150 mètres plus loin. Comme Thérèse, elle est peureuse, et dominante ! Comme Thérèse, elle a tendance à se positionner au croisement devant la maison pour surveiller et contrôler les accès. Mais contrairement à Thérèse (et à moi), elle sait communiquer avec ses congénères. D’ailleurs, elle ne résiste jamais à l’envie d’aller vers les autres chiens ou les êtres humains qui passent à proximité d’elle. Simplement, elle y va en rampant et en détournant le regard. Elle remue la queue doucement, toute timorée ; mais elle y va. Et si l’autre chien se montre trop entreprenant ou qu’il est trop impressionnant pour elle, alors elle se réfugie derrière Jean-Pierre ou derrière moi et montre les dents pour lui intimer l’ordre de se mettre à distance. Les autres chiens comprennent parfaitement le message. Il n’y a jamais de soucis contrairement à ce qu’il se passait avec Thérèse, qui paniquée et incapable de comprendre les messages que lui adressaient les autres chiens, s’est retrouvée plus d’une fois à foncer sur des Pitbulls ou des Beaucerons alors qu’un Pinsher nain était à même de la mettre en fuite.

Nano, Jean-Pierre et Mr Legris

Interactions entre tout ce petit monde !

Alors que j’ai vécu une relation fusionnelle avec Thérèse, je n’ai pas de relation symbiotique avec Nano, pas plus qu’avec Jean-Pierre d’ailleurs. Je les aime inconditionnellement, sans cet attachement qui me reliait à Thérèse et qui était de l’ordre de la co-dépendance.

Alors que Jean-Pierre est tourné vers les besoins des autres, jusqu’à s’en oublier lui-même, occupé à voir les autres heureux, Nano n’est que peur. Elle a peur de tout, même de son ombre ! Mais elle a soif de contacts avec animaux et humains. Nano veut à tout prix être aimée. Je me reconnais complètement dans cette quête incessante d’un regard, d’un sourire, dans cette envie de séduire permanente. Comme si cela venait confirmer que j’existais, que j’étais bien vu et reconnu parmi les autres humains, que je n’étais pas seul et rejeté.

Nano a peur, elle est timide, mais Nano est aussi très dominante, ou tout au moins, elle a des velléités de l’être. Elle semble persuadée que jean-Pierre est son garde du corps personnel, un genre d’esclave qui lui doit une obéissance totale et de tous les instants. Dès qu’il disparaît de son champ de vision, elle se fige et le cherche du regard. Si il est trop loin, elle se réfugie près de moi, mais dès qu’il revient assez près, elle lui fonce de dessus en aboyant et le mord au niveau du coup, des oreilles, des pattes pour le contraindre à obéir.

Nano a besoin de sentir la présence sereine de jean-Pierre à ses côtés pour se sentir rassurée, mais elle entend contrôler, diriger, celui qui lui offre sa protection. Quel étrange paradoxe quand le dépendant veut être le maître de celui dont il dépend.

Et moi dans tout ça ?

Impossible pour moi de ne pas faire le lien avec ma propre vie. Comme Nano, j’ai toujours eu besoin de me trouver un protecteur, que ce soit dans mes activités professionnelles ou dans ma vie amoureuse. Et comme Nano, je suis assez dominant (je parle ici du personnage social, de l’individu), tendance nerveux, genre Louis de Funès si vous voyez le genre ! Cela crée une tension très forte en moi entre des besoins très contradictoires : la recherche d’une protection extérieure parce que je me sens incapable de m’en sortir dans la vie, pas suffisamment armé pour cela, et dans le même temps le désir irrépressible de dominer celui ou celle qui me protège pour lui imposer le cap à suivre, le but à atteindre.

Nano veut se servir de la puissance et du courage de Jean-Pierre pour diriger son monde ! Et moi je ne fais pas autrement !

Le soucis, c’est qu’en regardant Nano courir désespérément derrière Jean-Pierre, je comprends que Nano n’est qu’un suiveur. En réalité, Nano se met dans les pas de Jean-Pierre, et elle finit par se faire croire qu’elle le dirige, alors qu’en réalité elle se contente de le suivre, comme un gentil petit canard. C’est jean-Pierre le maître de ce duo. C’est lui qui impulse le rythme, c’est lui qui donne le cadre de vie.

C’est incroyable comme cet exercice est parlant ! Comme Nano, je me glisse dans les pas des autres, je profite du confort que m’offre leur aisance à créer du lien, à créer de la vie, des rencontres, là où sans eux, je me renfermerais sur moi-même par peur d’oser exister, par peur d’être rejeté, jugé. Et comme Nano, là où je pense diriger je ne fais que suivre, vivre la vie de l’autre, son mode de vie, suivre ses envies.

Et alors ?

Que va-t-il se passer maintenant ? Je vais m’efforcer de communier avec Nano Particule afin qu’elle vive plus sereinement ce qu’elle est. Je vais ainsi rassurer mes chiens sur leurs places, sur ce qu’ils sont. Je vais faire avec eux comme je fais avec moi, être présent, simplement présent à ce que je ressens, à mes sensations physiques, ressentir que la vie se joue là et nulle par ailleurs.

Thérèse…

Christophe LE BEC

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