Le langage et la personnalité

Si le langage contribue largement à définir le réel tel que je le perçois, ce que je crois de moi et qui me définit repose également pour beaucoup sur le langage. Il n’y a rien de réellement solide dans ce qui définit ma personnalité et mon identité.

Le langage et la personnalité

Le langage et la personnalité 2650 1707 Christophe LE BEC

Si le langage contribue largement à définir le réel tel que je le perçois, ce que je crois de moi et qui me définit repose également pour beaucoup sur le langage. Il n’y a rien de réellement solide dans ce qui définit ma personnalité et mon identité. Il s’agit avant tout d’une histoire, de jugements, de mots, du vent, le tout collé sur un tempérament. Sans les mots, impossible de m’attribuer un nom et un prénom, un genre, un âge, un caractère, quelques qualités et beaucoup de défauts. Sans les mots, impossible de m’éduquer en m’assénant des vérités, des devoirs, de m’apprendre à identifier le bien et le mal.

Je trouve fou de voir à quel point j’ai appris à croire les mots sur parole, et à quel point je vis dans un monde où les mots façonnent le réel, lui donne son sens, un cadre, une valeur morale, et décident de « qui je suis ».

Ma personnalité

Selon Wikipedia, « (…) l’idée générale qui ressort des différentes visions de la personnalité est qu’elle est l’ensemble des comportements qui constituent l’individualité d’une personne. Elle rend compte de ce qui qualifie l’individu : permanence et continuité des modes d’action et de réaction, originalité et spécificité de sa manière d’être. C’est le noyau relativement stable de l’individu, sorte de synthèse complexe et évolutive des données innées (gènes) et des éléments disponibles dans le milieu social et l’environnement en général. »

Alors oui, j’ai, et vous aussi, chacun a une personnalité. Des chercheurs ont réussi à démontrer que les animaux d’une même colonie d’individus ont aussi chacun leur personnalité. Mais que sait l’animal de sa personnalité ? Croyez-vous qu’il en pense quelque chose ou qu’il la définisse ? Évidemment non. L’animal a une personnalité, mais celle-ci n’entrave pas sa capacité à suivre totalement ses élans naturels, elle ne l’inhibe aucunement pour la simple raison qu’il n’en pense rien. Il ne porte aucun jugement, aussi peut-il au contraire exprimer totalement ses pleins potentiels, ce que la majorité des individus s’interdit, par peur de déplaire, de recevoir des jugements négatifs, de se faire remarquer, etc.

Le langage cache misère

Si le langage permet de se comprendre et d’échanger, il permet aussi de juger et de définir ce qui se fait et ne se fait pas. En cela, il agit comme un cadre auquel chacun se soumet à grands renforts de « ceci est bien » et « ceci est mal », « tu es comme ceci » et « tu es comme cela ». Le langage permet de raconter une histoire du monde et une fiction personnelle qui enferme et fige chaque être humain dans une identité collective et personnelle. In fine, il arrive immanquablement un moment où je décide de taire ce que je ressens vraiment pour cacher mon désarroi, ma misère intérieure, ma peur de ne pas être aimé, d’être jugé, humilié ou rejeté.

Petit et sans histoire

Le tout petit enfant, à l’image des animaux, ne sait pas que ses parents lui ont donné un prénom et un nom de famille. Il ne sait pas que crier peut déplaire aux adultes. Quand il a faim, le petit pleure, et quand il prend du plaisir, il sourit ou il rit. Le tout petit d’homme fait corps avec l’instant dans lequel il évolue. Il joue, s’émerveille de tout ce qu’il découvre, il goûte, palpe, inspecte, attrape et jette ce qui se trouve à sa portée. Le temps n’existe pas pour lui, pas plus que les distances. Il ne sait pas que la main qu’il regarde fait partie de son corps. Quel pied ! Le bébé fait un avec ce qui l’entoure.

L’individuation

À travers le langage, les parents apprennent à leurs enfants ce qui fait de chacun cet individu unique. On ne naît pas « Christophe », « Jean-Pierre » ou « Marie-Chantal », on le devient !

L’enfant vit ainsi la période d’individuation nécessaire au développement de la personnalité. Il va aussi découvrir aussi que l’amour de ses parents répond à bien des conditions : « Range ta chambre immédiatement où je me fâche ! ». Voilà le moment où je décide de taire ce que je ressens pour conserver l’amour des miens et ne pas être jugé ou rejeté ! Voilà le moment ou le langage agit comme un venin pernicieux, voilà comment une communauté (familiale, amicale, spirituelle, religieuse, identitaire, professionnelle, etc.) fait bien trop souvent corps aux dépens de la vie, des élans naturels des individus. Lorsque les morales familiales, religieuses ou politiques dictent leurs lois faites d’interdits et de promesses (de paradis) aux hommes, comment oser se déployer dans sa différence, vivre son unicité dans la joie ? Ainsi se façonne la personnalité, entre tempérament, traits de caractère, histoire et injonctions, j’intériorise ce que je vis et ressens pour présenter au monde une façade plus digne ou plus flatteuse à mes yeux.

Interroger le langage

Si je prends ce que « je suis » pour réel et donc vrai (au sens de la seule réalité qui soit me concernant), si je prends ce que je vois pour réel et donc vrai, alors je me trompe à coup sur ! J’ai déjà écrit ce que je pensais de l’utilisation du verbe être dans un autre article, donc j’invite ceux que cela intéresse à le lire. Il faut du temps, parfois une vie, pour s’apercevoir que je ne me réduis pas à l’identité « Christophe », « Jean-Pierre » ou « Marie-Chantal », Il n’y a rien de réel, rien de solide dans ce personnage, pas plus que dans ma vision du monde, bien trop limitée, trop orientée.

Le langage peut donc enfermer l’individu au travers de certitudes et de croyances rigides et simplificatrices auxquelles il adhère, ou bien l’ouvrir à toutes les composantes de son être et à celles des autres. Pour s’ouvrir à tous les possibles, vous comprendrez bien qu’il ne faut pas avoir une vision de soi-même, des autres et du monde, trop fermée. La vie s’apparente à un mouvement organique, tantôt fluide et calme, parfois plus nerveux, il s’agit d’un élan d’amour (au sens élan créateur). Ainsi naissent les fleurs, les poules, les rivières ou les arbres, et les êtres humains, mais aussi les entreprises, les passions, Lionel Messi ! La vie n’a jamais rien de figé ou de définitif. Les cellules qui me constituent naissent et meurent et je change ainsi en suivant le mouvement de la vie. Le savoir suit les mêmes règles du vivant.

Oser être soi réclame de l’audace et de l’authenticité

Il ne s’agit pas pour moi de rejeter la personnalité, mais simplement de la remettre à sa juste place en interrogeant le langage sur lequel elle se construit et se fixe. La personnalité a une fonction d’interface qui me permet d’échanger avec les autres en me sentant sécurisé. Si je crois que je me limite à la personnalité, alors je vis une vie limitée à mes jugements et mes croyances, et tout ce qui s’oppose à ces croyances m’apparaît alors insupportable et faux. Je me maintiens dans un monde illusoire et binaire ou tout apparaît vrai ou faux, blanc ou noir, et où toutes les nuances disparaissent.

Pourquoi se taire me semble un préalable ?

Dans un premier temps, faire le silence, ne rien ajouter à ces pensées sur soi et le monde permet de faire cesser l’agitation, de couper la mécanique du langage et sa représentation limité du réel. Dans ce silence, tout se pose, tout se dissout parce que rien ne résiste au silence. Dans le silence la personnalité perd toute consistance. Je n’ai rapidement plus de prénom, plus de genre, de forme. Je deviens l’écoute, les sons, les sensations physiques, je deviens la caresse de l’air sur ma peau. Je me sens tout à coup tellement plus ample et profond que la personne. Certains peuvent rêver demeurer dans cet état de détachement serein, pour ma part, je n’en ai ni la capacité ni l’envie.

Morphopsychologie et personnalité

Je demeure, physiologiquement, un tempérament rapidement excitable, nerveux, introverti non actif. Je dis cela pour préciser que je n’oublie jamais (le corps se charge de me le rappeler!) que je vis à deux niveaux ; le niveau terrestre, l’incarnation dans un corps avec ces particularités, et un niveau beaucoup plus vaste, sans forme. « Je suis », comme tout un chacun, la vague et l’océan à la fois.

La morphopsychologie constitue selon moi une voie (il y en a d’autres) pour naviguer entre les deux niveaux. Elle permet d’apprivoiser ce corps qui change avec le temps, ce tempérament, le rencontrer vraiment, avec respect, sans plus vouloir le changer, mais au contraire l’accueillir pour vivre et se réaliser avec. La morphopsychologie peut apparaître de prime abord comme un outil qui enferme dans une personnalité. J’aimerais montrer à quel point je la trouve au contraire libératrice et ouverte. Elle invite à l’acceptation au lieu de la résistance et de la lutte perpétuelle contre le corps et la personnalité. Chaque morphologie a ses voies d’apprentissage, de perception, de compréhension naturelles. Les comprendre et les respecter, aller totalement dans la matière, permet de s’ouvrir au plus dit « supérieurs ».

Vous défendez votre image, rien d’autre. Vous avez l’habitude de vous objectiver. Vous vivez avec une image que vous avez créée, qui décuple vos sensations et votre émotivité.

Sinon, il n’y a nul besoin de vous défendre, car il n’y a personne à défendre.

Quand vous êtes dépouillé de toute qualification, qu’y a-t-il à défendre ? Vous ne pouvez pas défendre votre nudité. Dans un état absolument dépourvu de toute qualification, il y a liberté, totale liberté.

Jean Klein

Christophe LE BEC

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