La part de l’ombre…

Si comme moi vous ressentez une lutte à mort en vous, une tension ou une peur qui vous tenaille jusqu’à la paralysie ou la violence, c’est que « Ça » résiste à l’énergie naturelle de la vie, à ce mouvement organique et fluide qui veut suivre l’élan de la vie.

La part de l’ombre…

La part de l’ombre… 940 360 Christophe LE BEC

Lorsque l’on parvient à se rencontrer tel que l’on est, même si la première fois cette rencontre semble fortuite, et dans la plupart des cas, de très courte durée, il y a un effet « Wouaouh » évident ! Un calme inconnu se répand dans chacune de vos cellules, une détente naturelle qui n’a d’autre origine que le relâchement de la tension musculaire et psychique qui maintenait jusque là le personnage debout. Cela fait l’effet d’une rencontre amoureuse avec soi. Tout à coup, sans jugement, sans haut ni bas, sans temporalité, vous voilà immense, tout flottant dans les airs, enveloppant tout l’espace autour de vous. L’espace d’un instant, soi, le monde, tout, partout, semble simplement juste et cohérent, à sa place. Un genre de miracle. Mais le miracle ne dure jamais longtemps.

Soudain, une pensée surgit, « Mince, il faut que j’aille acheter du pain ! », par exemple (remplacez par ce qui vous vient naturellement à l’esprit maintenant : je suis gros(sse), moche, con, stupide, nul, incompris, quel menteur celui-là, etc.), n’importe quelle pensée fera l’affaire. Vous voilà accroché dans le fil de l’histoire, de nouveau pris dans les filets du temps, le bien et le mal, ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire pour être enfin aimé et heureux. C’en est fini du miracle !

C’est reparti ! Vous vous sentez à nouveau contraint, tendu, là maintenant. C’est que vous jouez encore les contorsionnistes pour vous glisser tant bien que mal dans le rôle que vous avez écrit pour vous insérer dans cette sombre histoire familiale. Vous luttez pour interpréter « Monsieur Parfait » alors qu’en vous s’agitent des forces contradictoires, des jugements, des interprétations, des conditionnements, des peurs, des désirs. Vous savez pertinemment que vous n’êtes absolument pas ce que vous feignez d’être, ce type à la cool qui sourit alors qu’il a peut-être envie de fuir à toute jambes, ou de ne rien foutre du tout, ce gentil garçon qui obéit aux injonctions de maman ou de papa pour obtenir l’affection de la première et la sécurité du second. Vous êtes ce pauvre gars qui patauge dans une soupe bien chelou où tout sonne faux, surtout vous !

C’est mon cas. Je suis ce type pas joli-joli qui ment à tout le monde, sa femme, ses enfants, à lui-même avant tout. Je mens à la vie. Je ne l’honore pas, mieux, ou pire, je la fuis.

Si comme moi vous ressentez une lutte à mort en vous, une tension ou une peur qui vous tenaille jusqu’à la paralysie ou la violence, c’est que « Ça » résiste à l’énergie naturelle de la vie, à ce mouvement organique et fluide qui veut suivre l’élan de la vie. Si cette énergie merdique, toujours la même, revient inexorablement dans certaines situations sans que vous n’ayez le choix de votre attitude, alors vous être prisonnier d’une blessure du passé. Et là… c’est la merde, mec !

Personnellement, je refuse la vie. C’est niet. C’est ainsi depuis 50 ans. Ça n’a jamais bougé d’un centimètre. Ma peur de vivre est si grande que ma quête se limite à obtenir de la protection. Je m’accroche misérablement à la non-vie de Christophe tout en ressentant, dans le même temps, que je suis la vie, sans attente, sans besoin, sans concept. Quel paradoxe, non ? Je réclame le néant protecteur en rêvant d’être : un comble.

J’ai connu deux expériences d’éveil, à chaque fois lors d’hospitalisations en urgence. Elles sont comme des phares dans ma nuit. Je m’y accroche comme le naufragé en perdition s’accroche à la lueur du phare à l’horizon pour garder espoir. Mais la réalité est que je ne veux absolument pas bouger, rien accueillir. Je suis saisi dans une énorme contradiction. J’ai vu la lumière, mais je refuse de sortir de ma grotte. Une part en moi blessée est blottie dans un recoin, et un cerbère zélé protège cette part de toute possibilité de blessure. Je vois, je sais, mais je ne veux pas changer. Je le dis aussi haut et aussi fort que je peux : ça ne changera pas. Je ne veux pas vivre cette vie, l’ouverture, tout ça.

J’ai longtemps cru qu’il me fallait simplement ne plus alimenter l’histoire, ne plus croire à ce personnage pour être. Être. Cela semble si simple, si naturel. Être ne demande à priori aucun effort, ni aucune intention particulière. Être n’implique aucune direction à emprunter, aucun acte à réussir, aucun examen de passage. Je suis, quoi que j’en pense, Je suis quoi que je fasse. N’êtes-vous pas d’accord ?

Tout cheminement spirituel vous invite à explorer la voie impersonnelle. Je suis la vie, je suis ce qui est. Je suis relié au tout, je suis le tout. Plus ça va, plus je me sens totalement relié aux autres en tant que facettes de la conscience. Nous sommes tous Un. Tu parles ?

Vouloir être, pour la plupart des gens, c’est d’abord vouloir changer ! N’avez-vous pas l’impression que « vous serez heureux quand vous aurez ou lorsque vous serez… ? ». Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais pour moi, ce désir ne me quitte pas complètement. Je peux l’oublier un moment, mais il revient au galop à la moindre occasion.

Je constate que, quelques soient mes efforts, je ne parviens pas me couper de l’identité, du personnage. Il est là, et je suis cela. Je suis ce type qui ressent qu’il n’est pas uniquement ce personnage, pas plus qu’il n’est seulement la conscience. Il y a l’absolu, et il y a la réalité. Je veux bien comprendre que je suis la conscience faisant l’expérience de l’incarnation. Ouais, d’accord ! Mais je m’en tape des jolis mots. Et ça demeure encore des jolis mots, une putain de posture à la con. Le passage d’un plan à l’autre « d’une réalité » à une autre ne se fait pas de façon fluide et juste. Ça ressemble plutôt à une faille, voire une faillite ! Un truc bancale, mal branlé, une cote mal taillée.

Voilà exactement là où je me tiens. Ce bordel, ce refus catégorique, c’est ma vie à moi. Tout ce cinéma que je fais pour exister ! Tout est faux, même ce texte est une fumisterie de plus. Qui s’y frotte, s’y pique…

Je remarque après avoir conclu cette diatribe qu’il manque un mot essentiel à ce texte. À aucun moment il n’est même mentionné… Amour. Ce texte est dénué d’amour. Et la vie est énergie d’amour.

Christophe LE BEC

Accompagnements individuels - Réflexologie -Access Bars

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  • Le texte ne comporte pas le mot « Amour », certes, mais pour quelle raison penses-tu que le personnage se cache ? Pourquoi poste t-il des Cerbères devant la grotte où il se cache ? N’est-ce pas par recherche de protection, de douceur, de calme, de paix ? Ce cerbère, avec toute sa force et sa puissance, quelle force le pousse à nous protéger tous à n’importe quel prix ? A mon avis, c’est par amour.

    J’ai adoré ton texte, je le trouve authentique, imparfait et réaliste. J’ai aussi en moi une quantité de personnages planqués, furieusement cachés de la Vie, silencieux et apeurés, qui n’attende qu’une chose, que la « tempête » et l’intensité de la Vie passent. Parfois ils paniquent et hurlent aux autres de tout arrêter, parfois ils se laissent faire. Il m’arrive de les trouver flippants, d’autres fois profondément attendrissants…

    Je crois que c’est Humain. Je n’ai plus envie de leur dire qu’ils n’ont pas le droit d’avoir peur ni d’être comme ça. Je les laisse être ! Ils ont leurs raisons, leurs mémoires, viscérales, qui dépassent largement ce dont j’ai conscience.

    • Christophe LE BEC octobre 6, 2019 à 9:23

      Le personnage ne se cache pas ! Au contraire, il se met en scène. Et il en fait des tonnes. Sarah Bernhardt, sort de ce corps ! 🙂 Il n’y a pas d’honnêteté ici juste une mise en scène.

      Oui, une part de moi blessée à peur de l’amour. Il refuse cette énergie. Évidemment que l’amour joue quelque part là-dedans. Je ne veux rien laisser être, je ne veux pas accueillir mes peurs, je rejette tout, moi y compris.

      Merci pour ce joli commentaire. 😉

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