Le commandant !

Le commandant !

Le commandant ! 960 360 Christophe LE BEC

Il est cette voix (ou ces voix) qui parle sans cesse dans votre tête, qui vous dit quoi penser, de vous, des autres, qui classifie tout, qui juge, condamne, et tente toujours de se justifier, de se victimiser et d’imposer sa vision du monde à son entourage. Cette voix qui parle dans ma tête, j’ai souhaité lui donner un nom : le commandant. Le commandant est raide, persifleur, mesquin, rancunier, il n’oublie jamais rien de ce qu’on vous a fait et compile absolument tout sur son petit disque dur avec une application de comptable. Ce commandant, c’est le mental.

Le mental est ton ami pour la vie

Le mental n’est pas votre ennemi, c’est votre garde du corps personnel. Il a pour unique vocation de vous protéger de toute attaque extérieur. Il est sur ses gardes 24h/24h et ne veut surtout jamais rien laisser passer qui pourrait vous blesser. Pour remplir sa mission, il s’appuie sur une seule chose, de la vieille mémoire, celle de vos blessures d’enfance qu’il ne veut pas voir se rouvrir. C’est avec ce bagage restreint qu’il interprète tout ce qui se présente à vous : rencontres, situations de travail, etc. Il ne veut absolument pas que vous reviviez l’émotion liée à ces blessures.

Il est donc un très mauvais interprète car il analyse le présent avec des lunettes déformantes, celles de vos blessures passées. Et il parle, il parle, il parle tout le temps. C’est lui qui vous empêche bien souvent de trouver le sommeil pour refaire le match de la journée une énième fois, cherchant à justifier sa position, à travers des pensées récurrentes, toujours les mêmes. Il ressasse le passé, et imagine le futur en permanence.

Il n’y a donc pas à blâmer votre mental, mais à le remercier pour l’abnégation et la bonne volonté indéfectible qu’il met à vous défendre. Dans l’idéal, il conviendrait juste de lui expliquer que, maintenant que vous êtes adulte, vous pouvez gérer la situation seul(e), mais vous le remerciez pour sa sollicitude. Le mental a une rigueur toute militaire, il aime qu’on mette les formes !

Schizophrène

Le problème c’est que le mental se prend tellement au jeu qu’il a finit par se prendre pour vous, et vous pour lui !

Mon commandant à moi

Je vais vous dire comment je vois mon commandant personnel. Mon commandant ressemble assez au Maréchal des logis-chef Cruchot dans Le gendarme de St-Tropez. Le genre nerveux, cinglant, un poil hystérique, et très, mais alors très rancunier. Il se sent faible, petit, fragile, alors il aboie beaucoup, et notamment contre moi qui ne suit jamais assez bien à ses yeux !
Dans mon imaginaire, le commandant siège dans une énorme grue rouillée sur les docks d’un port déserté, Moi ! Il fait toujours nuit dans ce port si bien qu’on ne distingue jamais très bien le sol, ni très bien le ciel noir comme de la suie. La cabine, ouverte au quatre vents, est perchée à 30 ou 40 mètres du sol, et avec ses jumelles en bandoulières, le commandant surveille comme il peut les abords, toujours inquiet sur le pont de son étrange vaisseau bringuebalant. En fait, il ne voit pas grand chose, il est totalement coupé du monde qui m’entoure. C’est un malvoyant qui se croît aux commandes ! Il a des dizaines de leviers devant lui, reliés à d’imposantes roues crantées qui permettent de manœuvrer la bête avec des câbles d’acier. La grue peut ainsi avancer, reculer, tourner sur elle-même, descendre des cargaisons ou en remonter. C’est toujours d’un compliqué pour manœuvrer le pantin que je semble être à ses yeux.

Voilà comment je me vois, coupé en deux, la tête dans une boîte de conserve rouillée, et le corps, les sensations, très loin, isolées, perdues.

Liberté, j’écris ton nom !

En réalité, lorsque j’obéis au mental en pensant que c’est moi qui décide de ma vie, pense, choisit, je suis comme coupé en deux ; coupé de mon essence, de ma force vitale. Je crois être la voix, alors que je suis la vie qui se vit maintenant. Absolument rien d’autre. Pour beaucoup d’entre nous, nous ne nous sommes jamais réellement rencontrés. Nous nous prenons pour le personnage social, celui que nous avons appris à être, année après année, pour nous comporter selon le bon désir de nos parents, professeurs, patrons. Nous sommes devenu un acteur discipliné qui joue tellement bien son rôle dans l’espoir d’être ainsi aimé que le comédien a fini par s’identifier au rôle qu’il interprète. Il se prend pour le rôle et a totalement oublié qui il est.

L’enfant en toi

Il nous faut nous désapprendre. Il convient d’y mettre la même application que nous avons mis pour apprendre notre rôle et nous comporter selon le désir de nos parents, de nos éducateurs, pour obéir aux injonctions parentales, aux conditionnements liés à notre milieu. Se désapprendre est d’une simplicité extrême, pourtant nous le percevons au départ comme une tâche presque impossible, irréalisable, un truc presque idiot et puéril (c’est encore votre mental qui s’exprime dans votre tête). Et c’est déjà le début du désapprentissage. Constatez, observez, voyez vos idées à l’œuvre. Faites-le comme si vous étiez un touriste sur un banc observant un incroyable panorama. Observez et petit à petit, vous ressentirez comme un silence en vous qui perçoit ces idées. Suivez cette voie du silence, car c’est exactement ce vous êtes ici et maintenant : le silence qui observe les idées passant comme des petits trains formant des histoires.

Plus observerez les émotions, les pensées qui vous traversent, plus percevrez qu’elles surgissent et que ce n’est donc pas vous qui les pensez. La preuve, vous êtes bien incapable de dire quelle sera votre prochaine idée. Et si vous vous concentrez pour penser une pensée, elle sera rapidement suivie d’une autre que vous n’avez pas vu venir. Mais si ce n’est pas vous qui pensez vos pensées, qui est-ce ? Le commandant, évidemment. Regardez-le tirer sur des leviers en vous criant des pensées négatives et limitantes, vous encourageant à vous conduire selon ses diktats. Je pense ici à la personne que j’ai eu en séance il y a deux jours. J’espère que ce texte vous sera utile.

En revenant à l’intérieur de soi, on peut se reconnecter à la vérité de l’enfant en nous, celui que nous étions avant d’apprendre notre rôle. On peut goûter à nouveau le plaisir de saisir des objets, de sentir la matière, les odeurs, de jouer avec les autres sans avoir d’idées sur ce que nous sommes. Être juste l’instant, le son, les sensations corporelles…

Et vous ?

Et vous, comment appelleriez-vous votre mental si vous deviez lui donner un nom ou une fonction ? Nommer son mental est une façon assez habile pour prendre conscience que l’on n’est pas le mental, que ce MOI JE n’a pas de réalité.

Christophe LE BEC

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